
Ces tentes ont l’air de rien…Embarquez vers l’aventure…
Les premières lueurs du jour entrent dans la tente, il fait un froid de canard, je m’enfonce encore plus dans mon sac de couchage, toujours habillé de mes vêtements de ville et de mon manteau, j’écoute depuis des heures la même musique pour masquer le ronflement strident de mes compagnons…
Je suis à Wales, dans la compagne anglaise. Et dans quelques heures, je vais me réveiller en titubant pour assister dans une tente à 8 conférences des gens les plus brillants de cette planète avec une assemblée de 80 autres personnes triées sur le volet.
Les Do Lectures : un weekend galvanisant qui réunit 26 speakers et 80 personnes dans un camping aménagé où tout le monde, participants et intervenants, dort dans des tentes. Pas de Wifi, pas de chambres d’hôtel, un endroit difficilement accessible, et des tickets très chers.
David Hieatt, l’initiateur des Do Lectures, a toujours jonglé avec cette idée de réunir des gens brillants dans la nature, loin de la technologie et des impératifs de la vie.
Les Do Lectures ? Imaginez-vous autour d’un feu de camp avec Tim Berners-Lee, l’inventeur du web, en train de discuter des moyens de connecter à Internet les 70% des gens de la planète qui n’y ont pas encore accès. Prenez place à côté de Ed Stafford, qui a marché tout au long du fleuve de l’Amazone pendant 2 ans, qui vous conte comment il a failli être tué par les fléchettes des tribus amazoniennes.
Construire une école au Népal quand on a 20 ans
Le deuxième jour de la conférence, Maggie Doyne, une Américaine de 23 ans, montait sur l’estrade dans la grande tente. A l’âge de 18 ans, Magie avait entamé un voyage initiatique dans un Népal dévasté par la guerre. Elle rencontrait alors en cours de route une fille de 5 ans portant sur son dos un sac de riz plus grand qu’elle.
Cette fille travaillait comme porteuse et gagnait 1$ par jour. Maggie était émue et en pleure : “J’étais dévasté. Qu’avons-nous fait pour qu’il y ait encore des enfants qui vivent ainsi ? Je partais à mon premier cours de danse quand j’avais son âge.”
“Mon univers entier s’est écroulé en une seconde, surtout lorsque j’ai appris qu’il y avait 250 millions d’enfants qui travaillaient dans le monde.” Maggie est décidée à agir.
Elle a fini par trouver un terrain à vendre pour 5000$, et elle envoyait un message urgent à ses parents pour qu’ils lui virent tout ce qu’elle avait épargné depuis l’âge de 5 ans : “On a eu une longue discussion mais ils ont fini par accepter”.
Maggie a acheté le terrain. Elle est ensuite retournée à New Jersey pour essayer d’avoir plus de contributions. “J’ai commencé à partager mon histoire avec les gens de ma communauté, puis un article a été publié dans le journal local, et les donations ont commencé.” Grâce à ces donations et à l’entraide de tous les gens du village népalais (“Y avait au moins 200 personnes”), elle est parvenue à construire un orphelinat en 6 mois.
Maggie vit maintenant au Népal dans son orphelinat avec 30 enfants
Maggie a depuis construit une école en bois de bambou avec l’aide d’un architecte australien bénévole. Elle vit maintenant dans son orphelinat au Népal avec 30 enfants, et s’occupe d’une école de 200 élèves. Elle a appris le Népalais et parle de son expérience sur le site de son association BlinkNow Foundation.
Les conférences s’enchainent, Daniel Seddiqui a fait 50 boulots différents en 50 semaines dans 50 états américains. Il a travaillé comme chef d’orchestre jazz, présentateur de météo, annonceur de Rodéo, biologiste et il a même marié un couple à Las Vegas.
Un participant demandait à Seddiqui comment il faisait pour trouver autant de jobs en ces temps de crise : “J’ai juste demandé à mes amis s’ils connaissaient quelqu’un d’intéressé, et je faisais des recherches sur Google” répondait Seddiqui. “Mais surtout, j’appelais les entreprises, j’étais très persistant, je me rendais sur place sans qu’on m’y invite.” Sa formule était simple, il y arrivait parce qu’il persévérait et n’avait qu’une seule idée en tête : décrocher le job.
Les journées au Do Lectures commencent à 6h, les plus téméraires participeront alors à une sortie en Kayak ou à une course matinale dans le froid glacial. De 9h30 jusqu’à 17h, les conférences se succèdent dans un grand tipi. Et vers 18h, un autre workshop a lieu : escalade d’arbre, Biomimicry (comment examiner et émuler la nature pour trouver une solution aux problèmes humains), cuisine traditionnelle. Après le dîner, tout le monde se retrouve autour d’un feu pour discuter de ses plans de changer le monde.
Tomber amoureux de la terre
Puis est arrivée Alice Holden. A l’âge de 20 ans — l’âge où les jeunes commencent leurs carrières professionnelles, Alice a décidé de tout lâcher pour s’occuper d’une ferme et vivre de la terre. “Je n’étais pas destiné à faire de l’agriculture” dit Alice, “Et je ne passe pas mes après-midis à lire des magazines sur les tracteurs”.
Quand elle a terminé ses études, Alice était partie avec un groupe d’amis pour travailler dans une ferme : “On produisait notre nourriture, on vivait du sol…la biodiversité environnante, l’esprit de partage dans la communauté, mes amis autour, tout ceci combiné en a fait une expérience unique.” Et Alice se voyait bien faire ça comme carrière. Un philanthrope lui a proposé de s’occuper d’une ferme délaissée et elle a accepté.
C’est une relation difficile à expliquer, il faut grandir dans une ferme
ou y travailler pendant un moment pour comprendre ce que c’est que de tomber amoureux de la terre”
Alice s’est retrouvée dans une ferme traditionnelle non aménagée, et ça ne l’a pas tellement déplu. “Je voulais absolument faire de l’agriculture durable, intensifier la production dans un espace réduit, utiliser mes mains!”.
L’agriculture durable est une pratique qui vise à améliorer la durabilité et la soutenabilité de la terre. Les pratiques agricoles industrialisées et intensives sont une vraie menace pour les écosystèmes agricoles.
Le labour effectué avec des tracteurs conduit à l’érosion du sol. L’irrigation excessive et sans drainage provoque une accumulation des sels dans le sol. Le sol perd de sa fertilité, et les dommages causés sont durables. Et ceci est devenu un problème mondial et récurrent. Des études effectuées dans l’Afrique australe ont montré qu’à ce rythme d’érosion, la production agricole sera réduite de moitié dans les prochaines décennies.
Alice connaissait ceci grâce à un stage de 2 ans qu’elle avait effectué au sein d’une association de promotion d’agriculture durable. “J’ai commencé par créer un jardin surélevé, je faisais tout à la main” dit Alice. “Un contractant, qui travaillait dans une ferme voisine avec une pelleteuse, me voyait m’affairer à creuser pendant des jours sans relâche. Lui il pouvait faire la même chose en un jour avec sa machine.”
Le contractant ne supportait plus la vue de Alice en sueur, il s’approchait d’elle et lui proposait de l’aider gracieusement. ” Il ne comprenait pas pourquoi je tenais absolument à faire ça à la main. Il ne se rendait pas compte qu’avec sa pelleteuse il pouvait détruire mon bien le plus précieux : la terre.”
En créant des jardins surélevés, la texture du terrain demeure légère et aérée puisque le fermier ne marche pas dessus, les plants grandissent plus vite, et l’engrais dure pendant des années.

Les jardins surélevés permettent d’avoir une meilleure production tout en conservant la qualité du sol
Les yeux d’Alice brillaient, elle voulait nous transmettre son amour pour la terre. Elle nous a expliqué qu’il ne fallait pas des moyens énormes pour s’occuper d’une ferme. Avec l’agriculture durable, c’est les productions dans des parcelles réduites qui sont privilégiées. Elle nous disait que c’était une renaissance de tous les jours, une tranquillité d’esprit sans équivoque, un émerveillement devant la nature.
Ceci ne laissait pas les participants indifférents, ils prenaient des notes de manière frénétique. Un discours convaincant et passionné peut changer bien des états d’esprit.
Et c’est justement le projet de David Hiett. Toutes les conférences du Do Lectures sont mises à disposition des internautes en haute définition. Son objectif est de dépasser 10 millions de vues.
Même si on ne sait pas lire, on peut réussir
Le deuxième soir lors du dîner, un personnage truculent et haut en couleur, habillé d’un pantalon rose et d’une veste brodée de motifs d’arbres et de fleurs, s’est assis à côté de moi. “Hello, you’re from Paris ? Enchanté, enchanté! “. Toute en sourire, Steve Edge inspirait confiance. C’était votre vieux pote dès les premières secondes de conversation. Et rapidement, on s’est retrouvé à parler de vin français et de la politique étrangère en France et en Angleterre. En quelques minutes, toute la table participait à notre conversation.

Steve Edge débarque dans votre vie comme un cirque qui s’installe dans un village
Je voulais absolument en savoir plus sur ce personnage, et j’étais aux premières loges le lendemain pour sa conférence. Steve est dyslexique. Jusqu’à l’âge de 13 ans, il a été scolarisé à la maison. A l’âge de 15 ans, il a été engagé par une agence de pub quand il a décroché le premier prix d’un concours d’art.
Steve ponctuait ses histoires d’anecdotes. “Vous savez qu’on peut acheter un cheval à Londres ? J’adore les chevaux. J’ai décidé d’en acheter un quand j’ai reçu mon premier salaire”. Steve partait au travail avec son cheval sans selle. “Je le laissais dans le parking, et le soir il était là à m’attendre.”
L’assemblée s’esclaffait. Steve commençait à nous raconter son expérience de tournage avec Steven Spielberg sur le plateau du film Indiana Jones. L’actrice principale Karren Allen n’osait pas partir dans la cage de serpents. Spielberg a alors demandé à Steve de la remplacer dans cette scène. “J’ai du porté la robe de Karren et me faire un épilage de jambes” nous dit Steve.

Malgré sa dyslexie, Steve Edge a lancé une agence de branding qui travaille avec Dior, Cartier…
Il prend une gorgée de son verre d’eau et nous regarde d’un air sérieux : “Vous savez, on me demande toujours pourquoi je suis habillé comme ça”. A 15 ans, il avait une tante riche (“Comme dans chaque famille pauvre, il y a toujours une tante riche”). Elle avait un service luxueux en porcelaine qu’elle n’utilisait jamais. Quand il lui en demandait la raison, elle lui disait que c’était juste pour les occasions spéciales. Quelques mois plus tard, elle est morte sans jamais les avoir utilisés. “J’ai alors pris la décision de vivre chaque jour comme si j’allais faire la fête. Habillez-vous tous les jours de vos meilleurs habits, comme si vous partez à une fête, et la fête viendra vous chercher.”
Ce que Steve ne disait pas, mais qu’on pouvait deviner. C’est que grâce à sa manière de s’habiller, à son énergie et sa véhémence, il s’est créé un branding pour lui-même. Il s’est créé une marque qui le distinguait du reste des gens. Et la différence attire le monde, Steve était toujours entouré d’un comité de gens qui l’écoutait tout au long des 4 jours des Do Lectures. Et il laissait une impression bien marquante dans l’esprit.
Vous aussi vous pouvez publier un livre
Les Do Lectures touchaient à leur fin. Craig Mod, un jeune éditeur talentueux, est venu nous parler des livres en tant qu’objets d’art. Il pense que l’iPad et le Kindle sont les prémisses d’une mort certaine du livre papier. Seule une certaine catégorie de livres survivra : ces livres dont on ne se débarrasse jamais, qu’on expose dans notre bibliothèque, qui ont une odeur particulière, qui utilisent un papier exquis, qui sont une expérience transcendante en eux-mêmes.

Le livre devient objet d’art
En 2008, Craig Mod a publié un guide des galeries d’art à Tokyo ‘Art Space Tokyo’ qui représentait en quelque sorte sa vision du livre qu’on garde précieusement : une typographie soignée, de belles illustrations à l’encre de chine, et un papier agréable au toucher. Toutes les copies du livre ont été vendues dans l’année.
Craig avait alors deux options : soit republier le livre à travers un éditeur, ce qui signifiait qu’il devait en réduire la qualité pour une vente en masse, ou alors financer la publication par lui-même, sans passer par un intermédiaire.
Il était tenté par la deuxième option. Il a alors lancé un projet sur Kickstarter, un site internet de microfinancement où les internautes contribuent aux projets qui les intéressent.
Craig a mis en place plusieurs options de financement : ceux qui contribuent 25$ recevront le livre en format électronique et toutes les mises à jour futures, ceux qui contribuent 65$ verront leurs noms dans la page finale, ceux qui contribuent 850$ recevront, en plus d’une copie du livre, un croquis de leur figure par un artiste japonais.
Le succès ne s’est pas fait attendre. Les internautes étaient séduits par l’idée : se débarrasser des circuits traditionnels de publication et se faire publier par soi-même. En quelques mois, 265 personnes ont contribué 23 790$ au projet. Craig a pu republier le livre, et la version iPad est sur les rails.
Le retour…
Je m’embarquais dans le train de retour avec une sensation étrange et ambivalente.
Je me sentais tour à tour inspiré, confus, émerveillé, frissonné.
Je me sentais prêt à changer le monde.
Je voulais, construire des écoles, publier des livres, traverser des déserts, organiser des festivals.
C’est après ce genre d’expérience salvatrice que l’on réalise qu’on est tombé dans le piège d’une existence monotone, fruit d’inaction et de contentement.
Et durant ce temps qu’on passe à vouloir changer de vie, d’autres personnes suivent leurs passions avec fougue…
…et vivent de bien belles choses en cours de route.
Voir un Monde dans un Grain de sable
Un Ciel dans une Fleur sauvage
Tenir l’Infini dans la paume de la main
Et l’Eternité dans une heure.
William Blake
Augures d’innoncence
![Epilogue[2] Epilogue[2]](http://samibh.com/wp-content/uploads/Epilogue2.png)
Epilogue
Les Do Lectures sont en anglais.
Maggie Doyne “Ce sont mes enfants, chacun d’eux.”
Steve Edge “Habillez-vous chaque jour comme si vous partez à une fête.”
Alice Holden “Tout le monde peut s’occuper d’une ferme.”
Craig Mod “Publiez, publiez un livre! Chacun de vous.”




Merci bcp, vous m’avez laissé sans voix. Je dirais pas encore plus sauf que j étais pris ar le quotidien aujourd’hui et les taches de travail que je dois réaliser , mais une fois j ai ouvert votre page j ai dû arrêter le tout ensorcelé par la beauté de votre écrit.
Je l ai partagé avec mes collégues de travail.
Merci encore unfois
Bonjour,
Très franchement, je n’ai pas eu assez de temps pour faire une lecture entière. Encore moins une analyse sérieuse. Mais à la lumière du peu que j’ai pu lire, je félicite l’équipe toute entière et exhorte vivement de continuer aussi positivement. Nous avons l’obligation de rendre grâce à notre TERRE, à qui nous dévons TOUT. Nulle n’a le droit de détruire ce qui nous est précieux aujourd’hui et demain. Préservons l’éssentiel pour des générations futures. Nous n’aurions pas savourés les délices de la terre si nos prédécesseurs n’avaient pas pensés à nous légués ce sompteux héritage.
Merci encore et à très prochainement à tous.
Très fraternellement.
Aujourd’hui, j’ai pris le temps de lire l’épilogue que je trouve merveilleusement excitant. Heureusement que la marche du temps n’est pas en sens unique. Il faut y croire et y mettre de la volonté. Le revers de la médaille, c’est que ces expériences ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan
Dans un monde ou tout pousse a la standardisation, ces vécus montre qu’il reste une place a l’originalité et a la défense d’une cause mais aussi a des choix de vie.
Bravo sam! a chaque fois que je viens sur ton blog j’ai envie de porter le monde a bout de bras et de realiser de grandes choses!
Cher fils,
Félicitation pour la rédaction détaillée de ton article portant sur un séjour limité dans le temps mais très riche en formation. Il faut savoir tirer les conséquences pour s’en servir intelligemment. Encore bravo Sami.
Très passionnant. Le meilleur moyen de s’inspirer ? C’est de lire ce que d’autres personnes, avec exactement les mêmes moyens que nous, ont pu accomplir.
Merci,
Tres enrichissant que de parcourir ces pages pleines de sagesse et de bonté. Courage a toute l’equipe.
Tres amicalement,
Cette lecture ouvre l’esprit et donne une autre vision de la vie. C’est a dire qu’ on peut partir de rien pour arriver a de grande chose; il faut juste écouter son coeur et braver ses limites. Merci beaucoup.
Waow ! Quelle chance, tout ça… Est-ce vrai, est-ce un rêve ? Est-ce un mensonge ? Les gens ne veulent pas d’or, Sami. Où rencontrez-vous des gens qui veulent de l’or ? Ou croisez-vous ces aliens ?
Joyeuses fêtes, puisque vous vivez en France, vivez bien.
braaaavo sami ben hassine …et merci pour une 2 fois beaucoup