August 16, 2011 12

Et si votre médecin, votre avocat, et votre élu étaient en train de vous mentir ?

Ecrit par Sami Ben Hassine. Suivez ma page Facebook ou Twitter.

Nous ne sommes plus maîtres de notre destin. 

Nous ne sommes plus maîtres de notre destin.

Nous nous fions de moins en moins à l’expérience empirique et à la logique rationnelle et de plus en plus aux affirmations d’experts en tout genre.

Ces experts régissent notre vie, déterminent notre façon de voir ce monde, dictent nos habitudes alimentaires, nous inculquent nos croyances.

Ces experts sont médecins, prédicateurs, hommes politiques, scientifiques, avocats, et ingénieurs.

Ils ont gagné, à nos yeux, ce statut d’expert. Toutes leurs paroles sont écoutées avec la plus haute considération : “Ils sont experts dans leurs domaines, ils doivent donc dire vrai”.

Ceci est un appel à l’esprit critique et au rationalisme, où l’expert est descendu de son piédestal, érigé par l’illusion d’autorité, vers un terrain de discussion où la confrontation d’idées et l’analyse critique prennent le dessus sur les opinions préconçues et les affirmations subjectives.

Experts et non-spécialistes, nous avons tous un même objectif : celui d’arriver à une représentation de la réalité qui soit la plus véridique possible.

Pour pouvoir y arriver, nous devons perdre notre timidité face aux experts et apprendre à les confronter dans leurs affirmations.

Et si l’on considérait l’expert comme ennemi le temps de cette lecture ?

L’expert comme ennemi : pourquoi l’expert est souvent biaisé ?

Il est parfois influencé par les méthodologies de sa science

Un expert passe des années à étudier un sujet bien particulier. Il en arrive à avoir une forte expérience dans son domaine, mais également une vision générale assez exiguë qui ne prend en considération que les outils et les méthodologies qu’il a l’habitude d’utiliser.

Ceci fait la force d’un non-initié qui étudie un même sujet. Le non-spécialiste ne passe pas autant de temps qu’un expert sur le sujet. Il en conserve donc une vision panoramique, où il prend en compte d’autres facteurs qu’un expert, bien trempé dans sa science, peut négliger.

Dans son livre “Filters Against Folly”, l’écologiste Garreet Hardin raconte l’histoire de la construction du 1er pipeline transe-Alaska. Il était présent dans un meeting en Alaska où un ingénieur faisait une présentation élogieuse pour le conglomérat qui allait construire le pipeline.

L’audience était bombardée de graphiques et de chiffres. La présentation, bien ficelée et convaincante, donnait l’impression que toutes les contingences possibles avaient été prises en compte. A la fin de la présentation, un participant a levé la main :

Si j’ai bien compris, nous avons là un pipeline de 1300 Km et de 1,5 mètres de diamètre qui sera rempli de pétrole à une température à 130 degrés ?”

Oui, notre modélisation informatique nous a montré que le pétrole dans le pipeline aurait toujours la température suffisante pour rester fluide même dans les conditions de l’hiver le plus froid que l’Alaska a connu jusque-là. Le pétrole peut également être stocké dans le pipeline sans se solidifier pendant 2 semaines”.

D’accord, mais supposons qu’il y ait des grèves qui durent plus que 2 semaines. Qu’est ce qui peut se passer ?”.

C’est une question très intéressante”.

Nul besoin d’être un expert pour comprendre ce qui risque de se passer. Si un responsable se retrouve avec un liquide qui risque de se solidifier à l’intérieur de l’oléoduc et de le rendre complètement inutilisable, il sera obligé d’ouvrir la vanne pour évacuer le pétrole avant sa congélation.

Pourriez-vous imaginer les conséquences désastreuses qu’auront 9 millions de barils de pétrole lâchés dans la nature ?

Ces données-là, n’ont pas été prises en compte par les modèles informatiques de l’ingénieur. Le non-initié, grâce à sa méconnaissance du sujet, a pu se projeter au-delà des méthodologies biaisées de l’ingénieur pour lui démontrer les limites de son modèle.

L’expert a généralement tous les chiffres et tous les arguments pour vous convaincre et se convaincre lui-même. Mais un expert n’aperçoit du monde que l’arbre de sa propre discipline, sans voir la forêt de conséquences qui peut se cacher derrière.

Il est parfois obligé de donner une réponse

Dans notre société, celui qui reconnait sa méconnaissance d’un sujet n’est pas celui qu’on acclame. Nous préférons ceux qui ont toujours une réponse et une opinion sur tout.

L’expert se retrouve souvent dans cette situation. A une question dont il n’a pas la réponse, il ne peut humblement avouer son ignorance de peur que sa stature d’expert s’en trouve affectée.

Et c’est ainsi que des affirmations massives et inexactes sont assenées par des experts avec une tranquille assurance. Le modèle le plus porteur à ceci est celui de l’entretien, où le discours improvisé ne laisse pas du temps à la réflexion.

Le non-initié a tendance à croire ces affirmations, tant soit peu qu’elles sont dites avec force et conviction.

Dans “L’art d’avoir toujours Raison”, un manuel de rhétorique présentant un ensemble de stratagèmes pour persuader et convaincre, le philosophe allemand Arthur Schopenhauer souligne ce trait humain dans le stratagème 36 :

Stratagème 36 : déconcerter, stupéfier l’adversaire par un flot insensé de paroles. Habituellement l’homme croit, s’il n’entend que des paroles, qu’il doit s’y trouver aussi matière à réflexion. Si donc il a secrètement conscience de ses propres faiblesses, s’il est habitué à entendre toutes sortes de choses qu’il ne comprend pas tout en faisant semblant de les comprendre, on peut lui en imposer en lui débitant d’un air très sérieux des bêtises qui ont un air savant ou profond.”

En mai 2011, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur de la France, avait assénait, avec force et conviction, que “les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants immigrés”. Ceci soutenait sa thèse sur le dysfonctionnement de l’intégration des étrangers en France.

Deux jours après, l’Insee a sorti les vrais chiffres : la proportion des enfants immigrés sorties sans qualification de l’enseignement secondaire est estimée à 16%, bien loin de la proportion déclarée par Claude Guéant.

Le chiffre est donc complètement faux. Mais qui va s’en rappeler ? La plupart des auditeurs qui ont entendu l’émission se sont laissés convaincre par les chiffres. L’effet escompté — soutenir la thèse sur l’immigration —  est accompli, même si les arguments étaient erronés.

L’expert peut donc, s’il se retrouve en difficulté, se laisser aller à des à-peu-près et à des représentations caricaturales qui n’ont pour but que de contourner habilement la question qu’on lui pose.

Il a parfois un intérêt dans ce qu’il dit

Nous sommes motivés par tout ce qui est dans notre propre intérêt : par tout ce qui peut nous rapporter plus d’argent, plus de reconnaissance ou plus de plaisir.

Même nos actes les plus désintéressés, les plus altruistes, visent à nous rendre plus satisfaits de nous-mêmes à travers ce souffle chaud à notre coeur du devoir accompli.

Et l’expert ne fait pas exception.

L’avocat William F. Coyne dans son livre “The Case for settlement Councel” dit :

Plusieurs raisons font que l’avocat n’encouragerait pas un règlement à l’amiable au début d’une procédure judiciaire …Le besoin de promouvoir ses services, le désir de ne pas apparaître en position de faiblesse, le besoin de défendre avec ferveur son client, le désir d’assouvir sa soif de la justice, mais peut-être aussi et pas la moindre des raisons, le souhait de maximiser ses revenues”.

Pareillement, dans le secteur médical, certains psychologues s’assurent une rentrée d’argent constante en convainquant leurs patients que d’autres visites sont indispensables s’ils veulent se faire complètement soigner.

L’acteur Walther Matthau avait bien dit : “Mon docteur m’a donné 6 mois à vivre, quand je lui ai dit que je n’avais pas de quoi payer sa facture, il m’a donné 6 mois supplémentaires.”

Dans le secteur bancaire, les conseillers financiers sont payés sur la base du volume de transaction qu’ils génèrent. Ils ont donc tout intérêt à vous encourager à acheter et à vendre pour générer du volume et augmenter leurs commissions.

Dans la politique, un homme d’Etat est généralement élu pour une période de 5 ans. Sachant que l’intérêt d’un homme politique réside dans le fait de satisfaire l’électorat afin de se faire réélire, vous ne le verrez pas prendre de fortes décisions qui peuvent aller à l’encontre de sa base d’électorat, surtout s’il est vers la fin de son mandat. Ses décisions vont aller dans un sens populiste et démagogue, au dépend de l’intérêt commun. Les électeurs n’ont pas une vision à long terme, et les décisions les plus importantes sont impopulaires, car entraînant des dépenses dans l’immédiat pour le bénéfice du futur.

L’expert peut donc avoir ses propres motivations à défendre dans la transaction que vous allez avoir avec lui. Si vous vous retrouvez dans une situation où vos intérêts se croisent avec celui d’un expert, posez-vous ces questions : quel est le véritable intérêt de cet expert dans cette transaction ?  Qu’est-ce qui l’arrangerait le plus ? Comment tourner cette transaction de sorte que vos intérêts rejoignent ceux de l’expert ? 

Il fait parfois des erreurs

Des industries entières sont aujourd’hui basées sur l’automatisation totale du processus de la production. Ces industries ont atteint un degré de fiabilité proche du 1.

Le degré de fiabilité maximum, le 1, décrit une vision idéale où tout le système de production fonctionne parfaitement tout le temps.

Mais cette note parfaite ne pourra jamais être atteinte pour une raison simple :

L’élément humain entre toujours dans l’équation, à un moment ou à un autre.

Et l’être humain par nature, fait des erreurs, tout le temps : des erreurs de calcul, de réflexion, de paresse, de laisser-aller, de compréhension…

Une étude récente des archives des opérations chirurgicales aux Etats-Unies a mis à l’ordre du jour toutes les inadvertances que peuvent faire les chirurgiens. Dans certains cas, la mauvaise jambe a été amputée, dans d’autres, le mauvais côté du cerveau a été opéré, et parfois, des instruments de chirurgie avaient été oubliés dans le ventre du patient.

Des études ont également montré que les radiologues peuvent être influencés par le diagnostic du docteur qui leur a adressé le patient. S’ils sont en train de chercher dans la radio du patient une pneumonie suspectée par le docteur, ils vont mettre fin à leur analyse dès qu’ils en voit le moindre signe, omettant de peu la tumeur qui commencerait à se former au niveau des poumons.

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl est également l’une des conséquences les plus lourdes et les plus ostensibles de l’irrationalité humaine : un enchaînement d’erreurs évitables qui a coûté la vie à des milliers de personnes. L’explosion du réacteur nucléaire N°4 de Tchernobyl a été provoquée par une surcharge fortuite de tension lors d’une procédure de test standard.

Quand l’incendie s’est déclenché dans le réacteur, les pompiers ont été appelés pour l’éteindre. Ces pompiers ne se doutaient pas de la dangerosité de la fumée et des débris radioactifs et pensaient que c’était simplement un feu d’installation électrique. En arrivant sur place, ils ont senti des picotements sur le visage et un goût de métal dans la bouche : ils ont été irradiés sans le savoir, ainsi que les habitants des villages voisins qui n’ont été prévenues que 2 jours plus tard.

Et pourtant, il y avait des inspections qui étaient effectuées par des superviseurs. Mais le problème avec les inspections et les procédures, c’est qu’elles deviennent tellement facile à faire, qu’à la longue, jour après jour, mois après mois, cela devient ennuyeux de les refaire. Une sorte de cécité s’installe, où on voit sans réellement voir, où on inspecte sans réellement inspecter.

Et qui surveille les inspections des inspecteurs ? Dans la Rome antique, on désignait ceci par : Quis custodiet ipsos custodes? Qui inspecte les inspections de l’inspecteur ? Et les inspections des inspections des inspecteurs? Etc.

Les Romains avaient également trouvé le moyen de s’assurer de la robustesse d’une structure. Le jour de l’inauguration d’un nouveau pont, l’architecte qui l’avait conçu devait obligatoirement se placer au-dessous, tandis que plusieurs chars passaient sur le pont.

Mais malgré toutes ces précautions, l’être humain reste irrationnel et imparfait par nature. Même s’il arrive à maîtriser son art à la perfection, une erreur peut se glisser de temps à autre. Parfois, les conséquences sont minimes, et parfois, des vies entières en paient le prix.

Ceci conclut la 1re partie de cet article. Deux autres parties vont suivre dans les prochaines semaines.

Sami Ben Hassine

Epilogue[2]

 

12 Réponses à “Et si votre médecin, votre avocat, et votre élu étaient en train de vous mentir ?”

  1. Excellent article j’ai eu un réel plaisir à vous lire. Votre article m’incite à vous présenter les erreurs de réflexions que les êtres humains peuvent commettre, y compris, et surtout les experts. Voici ce lien http://www.reussirensemble.info/wiki/pmwiki.php?n=Francais.ErreursReflexion

  2. Birane says:

    Je suis très intéressé par vos publications car elles sont trop instructives et permettent de me cultiver.

    Je vous remercie infiniment pour tout ce que je viens de lire.

  3. Laetitia K. says:

    Bonjour,

    Au premier abord, on se sent emballer par cet article qui appelle l’esprit critique des citoyens envers le discours préparé, les actions soi-disant rationnelles et réfléchies.
    Pourtant, l’exemple concernant l’échec scolaire des enfants immigrants en France et quelques peu mal expliqué et la signification donnée des chiffres est simplement fausse.
    Je m’explique.
    Soutenir que 60% (2/3) des enfants en échec scolaire sont des enfants d’immigrés, n’est pas la même chose que de dire que 60% des enfants issus de l’immigration sont en échec scolaire.

    Dans le premier cas, la formule suivante s’applique :
    = enfants issus de l’immigration en échec scolaire / nombre total d’enfants en échec scolaire

    Dans le deuxième cas, la formule suivante s’applique :
    = enfant issés de l’immigration en échec scolaire / nombre total d’enfants issus de l’immigration

    On comprend facilement ici que le dénominateur, soit l’univers observé est différent dans les deux cas.
    Ainsi, il est très possible que les deux cas s’appliquent en même temps : soit que 60% des élèves en échecs scolaires soient issus de l’immigration, mais seulement 30% des élèves issus de l’immigration soient en échec scolaire.
    Dans les deux cas, l’univers n’est pas le même et les chiffres ne veulent pas dire la même chose.
    Il apparaitrait dans des chiffres semblables que l’échec scolaire touche davantage les élèves issus de l’immigration comparativement aux autres (60%), toutefois seulement un enfant sur trois des enfants issus de l’immigration serait en échec scolaire. Ceci permet ainsi de nuancer et de préciser que ce n’est pas une caractéristique des enfants issus de l’immigration, mais qu’ils sont plus sensibles d’en être affecté.
    Si les experts font parfois des erreurs, on se rend compte le plus souvent que l’interprétation des chiffres autant par les politiciens que les citoyens est différentes de l’un à l’autre et même à l’intérieur de ces catégories.
    Dire que M.Guéant dit n’importe quoi est sans doute vrai, mais celui-ci est loin d’être un expert en statistiques, ceux qui l’écoutent sont loin également de l’être.
    Les chiffres publiés officiellement sont généralement justes, il s’agit simplement de savoir ce qu’ils présentent, et qu’une phrase mal dîte déforme la plupart du temps la signification exacte des chiffres.

    Pour comprendre le lien entre la politique et la science, je vous conseille deux ouvrages :
    Le grand trucage, d’un collectif d’auteurs issus de l’INSEE
    et le grand classique :
    Le savant et le politique de Max Weber.

    Ne mélangeons pas tout, la politique est une manipulation qui fait usage largement de la science pour “s’appuyer”, la science elle, si elle tente de se développer est contrainte de ne jamais pouvoir tout savoir et surtout –ce qu’on constate les dernières décennies– de tout mesurer à l’aide du même indicateur.
    L’interprétation pour être juste doit être consciente des limites de la mesure même, l’usage barbare dénature cela et ensuite il est facile de taper sur le dos des scientifiques au lieu des politiciens qui eux sont là pour faire de la politique et non de la recherche.

    Merci de prendre en compte ces commentaires.
    Une jeune sociologue-démographe.

    • Sami Ben Hassine says:

      Bonjour Laeticia,

      Avant de discuter de votre argument, je souhaiterais vous remercier pour votre commentaire.

      Permettez-moi également de vous rappeler que l’un des pires maux de la réflexion rationnelle, c’est la généralisation. Partir d’un seul exemple, et généraliser à tout un univers. Partir d’un seul passage que vous avez estimé approximatif, pour décrédibiliser tout un article de plusieurs pages.

      Pour revenir à votre exemple :

      Dans mon argument, j’ai repris exactement les citations effectuées de part et d’autre.

      - Claude Guéant : “les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants immigrés”
      L’univers de comparaison est clairement défini, bien que comme vous le soutenez, M. Guéant peut manipuler ceci à sa guise dans ses droits de réponse. Mais dans ce genre de situation, soumettons-nous plutôt à la lecture d’un non-expert : l’univers, est clairement le nombre total d’enfants en échec scolaire.

      - Reprenons maintenant le communiqué de l’Insee, accessible sur cette page :
      http://www.insee.fr/fr/ppp/comm_presse/comm/cp_270611_web.pdf
      “La proportion d’enfants d’immigrés parmi les élèves sortis sans qualification de l’enseignement secondaire peut être estimée à environ 16 % pour les enfants de familles immigrées. ”

      L’univers est encore une fois clairement défini : le nombre total d’enfants en échec scolaire.

      Je suis donc en droit de faire une comparaison entre les 2 chiffres. Puisque l’univers est le même, perçu par chaque citoyen non-expert.

      Je pense que le problème ne se situe pas au niveau de cette comparaison, mais plutôt dans votre vision de la chose. Nous ne sommes pas en train de répondre aux mêmes questions. En suivant mon argumentation, vous verrez que mon intention était de prouver que les experts pouvaient souvent soutenir des arguments approximatifs pour appuyer leurs thèses. Les statistiques lancées par Guéant en sont le meilleur exemple.

      En vous remerciant,

      • Laetitia says:

        Loin de moi, la volonté de décrédibiliser votre article, je vous invite à consulter le document rattaché au communiqué de presse dont vous faites référence… http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/immfra05f.PDF
        En page 7/15,le tableau 2 qui s’intitule “évolution de la structure des diplômes des immigrés et des non-immigrés”, vous constaterez que effectivement les deux tiers des sans diplôme sont “immigrés”. On s’entend que l’âge des personnes sélectionnées nuance donc les propos du monsieur Guéant… puisque ce sont les deux tiers des sans diplôme mais dans une population d’âge entre 30 et 49 ans en 1999.
        Mon intervention précédente voulait simplement rappeler que en tant que statisticien, nous savons ce que nous calculons, mais bien souvent avec le plus grand soin d’explications, ni les politicciens, ni les journalistes ne comprennent les limites de chacun des indicateurs présentés et ce qu’ils signifient, de plus ils manquent de regard large et critique pour les affiner avec d’autres indicateurs afin de tenter de proposer un portrait juste de la réalité sociale et économique. Je voudrais aussi rajouter, que très souvent avec une nuance mineure dans la formulation de l’indicateur(mais avec des changements importants d’indicateurs de mesure), des améliorations ou certaines tendances sont présentées dans nos sociétés, alors qu’il n’en est rien. Ce détournement est davantage à dénoncer que le travail des professionnels de recherche qui se rendent compte bien assez vite que les indicateurs sont détournés de leur interprétation par tous qui les utilisent ! Sur le reste de l’article, je ne dirai rien, puisque je ne suis pas “expert” …

  4. Bonjour;

    C’est genial comme article. Rien ne pourra decredibiliser cet article.
    La lecture tres critique du jeune sociologue et votre reponse m’ ont permis de mieux comprendre ce passage.

    Merci Ben Hassine

  5. Sophia says:

    Bonjour,

    J’ai trouvé vptre article intéressant mais y vois tout de même un bémol.

    Cette publication me donne le sentiment que vous généralisez, vous aussi. En effet, l’expertise ou le fait d’être particulièrement instruit sur un sujet ne veut pas nécessairement dire que l’erreur sera plus fréquente.

    Comme vous l’avez très pertinemment relevé, l’erreur est humaine et l’humain est imparfait. Expert ou pas, savant ou ignorant, instruit ou illetré, chaque être-humain peut faire des erreurs et par conséquent causer du tort à son prochain.

    J’en veux pour exemple les personnes faisant partie de la “population moyenne” (entendez par là un panel représentatif de la société) qui sans cesse politisent les événements de l’actualité (attentats, tueries, manoeuvres industrielles et économiques) sans réellement savoir de quoi ils parlent; en utilisant volontairement des mots extrêmes (“sale étranger”, “immigration massive”, “islamisation de l’Europe”, et j’en passe) afin de faire passer un message qui n’a peut-être rien à voir avec leurs propos.

    Ce que je veux dire par là, c’est que la bêtise ou l’ignorance est tout aussi dangereuse que l’expertise car elle n’offre également qu’un point de vue très restreint et limité sur l’univers qui nous entoure. Je pense que le rappeler dans votre article ou dans votre publication future serait pertinent.

    Blâmer les experts pour leurs erreurs humaines, desquelles personne sur terre n’est à l’abris, ne fait que renforcer les ignorants dans leur concupiscence et leur suffisance, dans l’étroitesse de leurs connaissance et dans la veulerie d’en apprendre plus sur le monde qui les entourent.

    Chercher la controverse, certes, mais sans décrédibiliser des gens qui ont investi des années à accumuler des connaissances, quelles qu’elles soient.

    • Sami Ben Hassine says:

      Bonjour Sophia,
      Je vous remercie pour votre commentaire.

      L’objectif de cet article est clair : se rendre compte que l’expert aussi a ses lacunes, et qu’il ne faut pas simplement écouter avec révérence toutes ses paroles. J’ai adopté dans cet article une attitude voulu un peu hitchcockienne pour laisser une trace dans l’esprit du lecteur. Mais vous verrez également que tous les sous-titres de l’article sont dans le conditionnel, et que je demande au lecteur de considérer l’expert comme ennemie, juste le temps de cette lecture.

      J’ose croire, qu’en lisant cet article, le lecteur s’armera dorénavant d’esprit critique, et non pas d’un rejet total envers toute parole d’expert.

      Ceci dit, comme vous l’avez noté, cet article n’est que la 1er d’une série de 3. Je vous invite à lire les prochains qui apparaîtront dans les semaines qui suivent.

      Merci, et en espèrant vous revoir sur ce blog.

  6. SoniaL says:

    Je trouve votre article très juste,il est facile d’accorder du crédit aux experts puisqu’ils sont sensés maîtriser le sujet. Toutefois, je suis consciente qu’ils ne détiennent pas la vérité absolue. D’une part, parce qu’il est facile de voir comme vous le dites, ce qui nous arrange et d’autre part, parce qu’il y a toujours un intérêt. En trouvant l’intérêt on arrive tout à fait à prendre du recul, et “faire le tri” et prendre ce qui nous intéresse. Il est facile de manipuler et il est bon parfois d’avoir un article qui nous fait une piqûre de rappel sur le fait de rester vigilant sur ce qui nous est dit en général. L’opinion est manipulée par les politiques et par les scientifiques. Si les scientifiques veulent de l’argent pour leurs recherches, il faut bien sortir des chiffres et en contre-partie les politiques s’appuient sur les chiffres pour faire passer telle ou telle loi ou prendre telle ou telle mesure.
    On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Souvent les chiffres sont balancés mais la base n’est pas connu : est-ce un échantillon ? Est-ce sur toute la population ? Sur quelle période ? Les critères sur lesquels sont basés les statistiques sont tout aussi importants que les résultats. Mais quand il s’agit d’apporter de l’eau à son moulin …

    Pourquoi faire confiance aux experts ? C’est que le bon sens se perd.

  7. Bonjour Sami,

    J’ai bien reçu ton dernier mail qui m’a encouragé à lire cet article.
    Et je dois reconnaître que j’ai particluiérement apprécié.
    Bien que me laissant peu “dispersé” (moi-même coach sportif, j’interviens sur les domaines de l’hygiène de vie, la remise en forme, les conseils nutritionnels et l’entraînement mental et suis adepte convaincu de la gestion de l’énergie et de l’organisation du temps), la tournure de ton article m’a beaucoup plû.
    Je pense qu’elle ouvre les yeux sur l’esprit critique “intelligent” sans sombrer dans la critique gratuite et rebelle.

    Site agréable.
    Bonne continuation à toi,
    Sportivement,
    Jérôme.

  8. ice says:

    [quote]
    En mai 2011, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur de la France, avait assénait, avec force et conviction, que “les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants immigrés”. Ceci soutenait sa thèse sur le dysfonctionnement de l’intégration des étrangers en France.

    Deux jours après, l’Insee a sorti les vrais chiffres : la proportion des enfants immigrés sorties sans qualification de l’enseignement secondaire est estimée à 16%, bien loin de la proportion déclarée par Claude Guéant.
    [/quote]

    Utiliser le syllogisme (premiers chapitres de “L’art d’avoir toujours raison”) juste après l’avoir cité…

    En effet, si A “l’ensemble des étudiant du secondaire” contenant des sous ensembles
    R “réussite” et E “échec” distincts et
    I “immigré” et N “natifs” eux aussi distincts

    Proposition 1, 2/3 de l’ensemble E fait aussi partie de l’ensemble I
    Proposition 2, 16/100 de l’ensemble I sont dans le sous ensemble E

    Ces propositions sont justes si:
    16% des échecs des immigré équivaut à 2/3 des étudiants en échecs

    ou plus algébriquement
    R + E = A
    I + N = A
    (16/100) I = (2/3) E

    Système d’équation paramétrique

  9. ice says:

    Nous regroupons donc diverses raisons.

    1°) Un scientifique est financé soit par les entreprises privées soit par le pouvoir public, autrement dit, les politiciens; il devra donc être en accord avec les intérêts de ses employeurs.
    Risques encourus: discrédit et chômage, en sachant que la plupart des étudiants empruntes pour payer leurs études…

    2°) Les études ne forment plus à la réflexion mais à la mémorisation, ce qui entraine que les “experts” tendent de plus en plus à réutiliser ce qui existait déjà sans vraiment savoir si c’est tout a fait adapté.

    3°) Les intérêts des privés sont soutenus par les politiques et de ce fait si un véritable expert arrive a une conclusion en opposition avec les intérêts privés, il ne sera pas reconnu comme expert.

    4°) Plus il faut se soucier des conséquences moins il y a de profit pour les privés.

    5°) Plus il y a de vrai experts reconnus plus il faut se soucier des conséquences.

    Solution pour les privés: faire en sorte que les politiques transforme la formation des experts en mascarade et discréditer tous ceux qui pourrait vraiment changer cet état de fait.

    En somme pour les future spécialistes:
    Je doit régurgiter des concepts parfois erronés sciemment pour obtenir un diplôme et ce en gardant une objectivité totale.
    Me faire un nom sans être discrédité donc en faisant des découverte majeurs sur des implications mineurs et enfin avoir le loisir de contrer les intérêts privés. Si l’on ne se fait pas abattre avant.

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