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La vie n’est pas trop courte, c’est nous qui la perdons
Chaque instant de cette vie compte.
Sénèque, homme d’État, précepteur de Néron, dramaturge et grand philosophe stoïque a bien résumé ceci dans son texte intemporel et universel “Sur la brièveté de la vie”. Un des textes les plus marquants qu’il m’est venu de lire.
Je vous laisse apprécier.
“Pourquoi nous plaindre de la nature? Elle nous a bien traités: la vie est longue si on sait en user. Mais l’un est prisonnier d’une insatiable avidité, l’autre absorbé par une application laborieuse à d’inutiles travaux; l’un est gorgé de vin, l’autre abruti par le paresse; l’un est miné par une ambition toujours dépendante des décisions des autres, l’autre entraîné par la passion du commerce sur terre et sur mer dans l’espoir de s’enrichir.
Il y a ceux que tourmente une passion de la guerre, infligeant des dangers aux autres ou s’inquiétant de leur survie; ceux qui se consument dans la servitude volontaire d’autres esprits plus grands qu’eux. Beaucoup sont captifs d’une aspiration à posséder la beauté d’autrui ou du soin de la leur.
C’est au point que je n’hésite pas à prendre à mon compte cette phrase prononcée comme un oracle par le plus grand des poètes: «La partie de la vie que nous vivons est courte.» Tout le reste n’est pas de la vie, c’est du temps.
Qu’y a-t-il de plus insensé que l’indignation de certaines gens? Ils se plaignent de leurs supérieurs qui n’ont pas le temps de leur accorder une audience; on ose se plaindre de l’orgueil de l’autre quand on n’a jamais de temps pour soi-même!
Pourtant, cet autre, qui que tu sois, t’a peut-être regardé parfois d’un air insolent, mais il t’a regardé, il a prêté l’oreille à tes paroles, il t’a admis à ses côtés: toi, tu n’as jamais daigné te regarder ni t’écouter toi-même. Tu n’as donc pas à te faire gloire des devoirs rendus à quiconque; si tu les as rendus, ce n’était pas parce que tu voulais être avec un autre, c’était parce que tu ne pouvais être avec toi.
Les plus grands génies ont beau tomber d’accord sur l’aveuglement de la nature humaine, ils ne s’en étonneront jamais assez. On ne laisse personne empiéter sur ses domaines; au moindre désaccord au sujet de leurs limites on court se saisir d’armes et de pierres, mais on laisse les autres empiéter sur sa vie; bien mieux, on fait entrer soi-même ceux qui vont en devenir les accapareurs.
Il serait donc juste de prendre à partie quelqu’un dans la foule des vieillards et de lui dire: «Nous te voyons arrivé à l’extrême limite de la vie, tu portes sur tes épaules cent ans ou davantage. Allons, reviens en arrière, fais le compte de ton existence. Calcule combien de temps t’ont pris créanciers, maîtresses, rois ou clients, querelles conjugales; les allées et venues à travers la ville pour des mondanités; ajoute les maladies que l’on s’invente, ajoute encore le temps inemployé: tu verras que tu as moins d’années que tu n’en comptes.
Rappelle-toi les occasions où tu t’en es tenu à ta décision, quel jour s’est passé comme tu l’avais résolu, quand tu as disposé de toi-même, quand ton visage est resté impassible, ton âme intrépide, ce que tu as accompli au cours d’une si longue existence. Combien de gens ont dilapidé ta vie sans que tu t’aperçoives de ce que tu perdais, tout ce que t’ont soustrait vaines douleurs, sottes allégresses, avide cupidité, flatteries du bavardage, et vois combien il te reste peu de ce qui t’a appartenu: tu comprendras que tu meurs avant d’avoir atteint la maturité.»
Quelle en est la raison?
Vous vivez comme si vous étiez destinés à vivre toujours, jamais vous ne prenez conscience de votre fragilité, vous ne faites pas attention à tout ce temps déjà passé. Vous dissipez comme si vous aviez des ressources inépuisables, alors que peut-être ce jour que vous consacrez à tel homme ou à telle occupation est le dernier.
Habités par toutes les craintes propres à un mortel, vous avez en même temps tous les désirs d’un immortel. Tu entendras la plupart des gens déclarer: «A cinquante ans je m’éloignerai des affaires, à soixante je me démettrai de toutes mes fonctions.» Et qui t’a garanti que ta vie durera au-delà de cela? Qui admettra que le sort s’accorde à tes plans? N’as-tu pas honte de te réserver le reste de ta vie et de destiner aux progrès de ton âme le temps seulement où tu ne seras plus bon à autre chose? N’est-ce pas bien tard de commencer à vivre au moment où il faut cesser? Comme la nature humaine est sottement insouciante lorsqu’elle repousse à cinquante ou soixante ans les saines résolutions et prétend commencer à vivre à un âge auquel peu sont parvenus!
«A cinquante ans je m’éloignerai des affaires,
à soixante je me démettrai de toutes mes fonctions.»
Et qui t’a garanti que ta vie durera au-delà de cela?
Qui admettra que le sort s’accorde à tes plans?
Tu te demandes peut-être ce que j’appelle les gens absorbés? Ne crois pas que je désigne par ce terme uniquement ceux qu’on ne peut faire sortir de la basilique qu’en lâchant les chiens ou qui se laissent écraser fièrement par la foule de leurs suiveurs ou misérablement parmi ceux des autres, ni ceux que leurs obligations arrachent de leur maison et qui vont se presser à la porte d’autrui. Il est des gens que leurs loisirs mêmes absorbent: dans leur villa ou sur leur lit, en pleine solitude, même s’ils ont pris leurs distances par rapport au monde entier, ils sont importuns à eux-mêmes: dans ce cas, leur vie n’est pas une retraite, mais une absorption désœuvrée.
Il est des gens que leurs loisirs mêmes absorbent: dans ce cas,
leur vie n’est pas une retraite, mais une absorption désœuvrée.
Parleras-tu de retraite pour celui qui range minutieusement des vases de Corinthe, rendus précieux par la manie de quelques-uns, et consume la plus grande partie de ses jours au milieu de fragments rouillés? Eh quoi! diras-tu qu’ils sont retirés du monde, ceux qui passent de longues heures chez le coiffeur, pour y faire couper ce qui a pu pousser la nuit précédente — et l’on délibère sur chaque cheveu, on remet en ordre ce qui ne l’est plus dans la coiffure, on ramène ici et là sur le front les mèches déplacées! Quelle fureur alors si le coiffeur a été un peu négligent: comme s’il les avait tondus! Et de s’emporter si l’on a coupé quelque chose en trop de leur crinière, si quelque chose n’est pas exactement comme il faudrait, si tout ne retombe pas en boucles parfaites!
Ceux-là n’ont pas de loisirs, mais des occupations oiseuses.
Il serait trop long de passer en revue, un par un, ceux dont la vie s’est consumée à jouer aux échecs, ou à se faire dorer au soleil. Ils ne profitent pas d’un loisir, ceux dont les plaisirs sont la grande affaire.
Quant à ceux qui sont plongés dans d’inutiles travaux d’érudition, nul ne mettra en doute qu’ils se donnent bien de la peine pour rien; et ils sont légion à présent. Ce fut jadis une maladie de Grecs que de se demander combien Ulysse avait de rameurs, si c’est L’Iliade ou L’Odyssée qui a été écrite en premier, ensuite si elles sont du même auteur, ou autres sottises du même genre que tu peux garder pour toi sans que ta conscience s’en trouve mieux, ou publier sans paraître plus docte, mais seulement plus ennuyeux.”
La vie est une pièce de théâtre : ce qui compte, ce n’est pas qu’elle dure longtemps, mais qu’elle soit bien jouée
Sénèque
J’ai adapté ce texte pour en faciliter la lecture.
Si vous souhaitez lire le texte en intégralité :
L’intégralité de la lettre de Senecca en Anglais
Le livre : La Brièveté de la vie, version française intégrale
Faites-vous bon usage de votre temps? Est-ce qu’une personne est en train d’accaparer votre vie ? Perdez-vous trop de temps dans des activités oisives ?
Engageons la discussion dans les commentaires.
14 Responses
Magnifique, merci…
Oui, je crois que m’a vie a été pas mal dévastée par les bouffeurs d’énergie. Mais j’ai aussi su vivre, regarder, aimer. J’ai su cela, aussi, j’en suis heureuse.
J’ai su faire venir l’émerveillement de la vie. Aussi. Et j’ai faim de revenir dans cet état d’émerveillement et de travail. J’y veille.
beau texte mais il ne nous dit pas comment procéder pour mieux profiter de la vie. a moins que j’ai lu de travers! Alors que faire pour vivre chaque comme il se doit?
dans la gestion du temps,il faut toujours se dire chaque matin:«ce jour est le dernier dema vie je dois en profiter:«
devenir monsieur Agenda
Un point très pertinent Casimir. L’objectif de ce texte est de vous donner conscience de tout le temps que vous pouvez perdre. La meilleur façon de passer son temps ? C’est de faire ce qu’on a résolu de faire, sans se faire accaprer de tout côté par les voleurs du temps.
Très beau texte,
Il nous enseigne que nous ne devons pas juger. nous devons accepter les autres tel qu’ils sont. Il faut s’aimer soi-même et prendre du temps pour soi surtout prendre plaisir pour ce que nous faisons.
Personnellement je penses que l’On dois prendre le temps d’entrer en soi et de trouver l’état de quiétude et de bien être.
Quand je penses que je respire, je suis en santé, j’ai un toit, de la nourriture, une famille, des amis, de l’amour, des projets.…
Je peux prendre possession de ma vie et oser faire ce que j’ai toujours voulu faire sans me laisser sucer l’énergie par quiconque.
Je crois que le pouvoir est intrinsèque et c’est à nous d’en trouver la clé.
On cherche tous des idées préconçue, des réponses touts faites, des gens pour nous dire la vérité… Foutaise, tel un volcan, elles doivent partir de nous même.
Deviens-tu ce que tu as voulu? as tu faits ce que tu aurai du?
Nous sommes tous dans le même bateau, arrêtons de nous apitoyer sur notre sort et ayons le courage d’oser vivre courageusement, ici et maintenant et sans compromis!!
C’est ce que j’appèle le courage de l’agressivité constructive pour sa vie
Cordialement!
Apprendre à être un peu égoïste, ne pas culpabiliser de prendre du temps pour soi, sans penser pendant quelques instants à notre famille, à nos amis. Dur à faire lorsque ces personnes font parfois pression sur nous. Mais au final, chacun a envie de prendre du plaisir égoïstement.
Il m’est arrivé plusieurs fois de culpabiliser parce que j’avais oublié un évènement important pour un ami, parce que je n’avais pas appeler une personne proche pendant plusieurs jours. Mais, au final, je me suis également souvent rendu compte que ces mêmes personnes ne m’en voulait pas et que la seule qui se faisait du mauvais sang c’était moi!
Une personne épanouie par sa vie, par les choix qu’elle fait dans la façon dont elle dépense son temps rayonne de bonheur et prospérité. Et ce rayonnement déborde sur son entourage…
c’est un tres beau texte,qui demande une certaine culture pour pouvoir penetrer le message qui s’y trouve. en d’autres terme, seneque nous exorte ici a faire une bonne gestion de notre temps et de notre vie. puisque nous ne savons pas de combien temps sera notre existence, nous avons interet a mener une vie exempt de debauche et de toutes mauvaises habitudes qui pourraient constituer une entrave plus tard et nous gache la vie. a mon avis il ne suffit pas de lire ce texte une fois pour toute, mais a mediter de temps a autre dans le but de corriger notre facon de vivre ou l’ameliorer question de ne pas avoir de regrets au cours de notre vieillesse. un grand merci et felicitations a Seneque.
Oui, lire ce texte une seule fois ne suffit pas, et simplement le survoler ne suffit pas non plus. Il faut réellement méditer dessus, et y revenir à chaque fois qu’on se sent en perte de vitesse.
c est rare de lire des tels messages merci de me faire un tel souvenir ou un tel conseil qui merite mieux que l or et l argent
je serais ravi de recevoir d autres emails de la part de vous car j ai pris dernierement une decision difficile mais trop trop et trop encore bien constructive . de tels messages me touche vraiment
je vous dit tout simplement merci et a la prochaine messge
Merci infiniment, j’ai lu et relu cet article une quinzaine fois,et je le trouve très utile; et j’ai conseillé des amis pour le lire.
Mille merci
Oui ce texte est à méditer chaque jour.
Salut
je trouve ton blog interessant.
Après avoir parcouru quelques sujets et bien que n’étant pas amateur de lectures philosophiques,
quelques réactions et pensées à chaud me viennent, je vous les livre en vrac :
- peut etre que les hommes ne savent pas organiser leur temps parce qu’ils n’ont pas de programme précis de ce qu’ils doivent ou veulent faire de leur vie, et donc rien à organiser.
– pas de programme car pas de compréhension du monde dans lequel on vit.
– pas de compréhension du monde car esprit noyé sous l’information (net, télé, mails, facebook..
– information souvent inutile et futile
– c’est pourquoi souvent ils appliquent à leur vie le programmme rassurant qui a déjà été déployé ailleurs par leur entourage .. c’est ce que l’on appelle la reproduction je crois.
– je ne sais pas inventer une vie nouvelle, un nouveau mode de vie, une nouvelle société, donc je reproduis le modèle établi…
Par contre,
- pourquoi cette obsession du temps qui passe ? Pourquoi cette importance donnée à sa vie ? Pourquoi cette obsession de vouloir accomplir de grandes choses ? Sachant ce qu’il en restera ne serait-ce que 100 ans après sa mort ?
– quelquefois il est préférable dans ce monde qui bouge et évolue vite, de s’arrêter, observer,aprécier, contempler, écouter,
– faire preuve de discernement des choses qui nous entourent et l’information qui abonde, savoir trier le bon du mauvais, avant de prendre des décisions et se fixer des objectifs.
- prendre son temps pour réfléchir à ses objectifs et ses envies, penser aux meilleurs moyens de les atteindre, n’est pas une perte de temps, ça peut être la clé pour les atteindre plus vite.
- agir pour agir consomme de l’énergie, alors qu’un bon timing peut avoir le même résultat et même mieux.
– oui, le timing, ça c’est important
– le timing des choses à accomplir
– le timing implique le mouvement, rien n’est fixé , rien n’est figé..on peut s’organiser, tracer les grandes lignes de sa vie, mais pas celles de sa destinée.
- combien de personnes regrettent d’avoir fait ou pas fait certaines choses dans un mauvais timing ?
…
comme tous les textes moralisateurs, celui –ci me laisse un gout amer. que n’auriez vous passé plus de temps à en écrire un meilleur ! j’y trouve de l’utilitarisme, voir du productivisme qui choque la vision de ma raison de vivre.… se pourrait’il que les multitudes qui nous ont précèdées se soient à ce point fourvoyées de n’avoir pas su faire effets de leurs temps? il n’y à rien a accomplir, la vie se suffit à la vie et le temps est bien relatif si vous pouver prendre un peut de distance pour raisonner sur une echelle géologique, ou cosmique … vanité du timing, vanité …